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Ile Maurice: Energie - les règles du jeu redéfinies

Posté par N.M. le 1.5.2007 @ 13:25 Dans Politique biocarburant | 1 commentaire

Ile Maurice Port Louis  

Le gouvernement met beaucoup d’énergie à s’émanciper de l’industrie sucrière en ce qui concerne la production d’électricité. Il revoit ses relations avec les centrales thermiques pour en éliminer toute générosité. De plus, il favorise l’entrée en jeu d’opérateurs qui n’ont rien à voir avec le secteur sucre.  

La production d’énergie est au coeur de la réorientation de l’industrie sucrière. Toute sa stratégie de survie face à la libéralisation du marché européen est basée sur le fait que l’éthanol et l’électricité prennent de la valeur alors que le sucre en perd. Pour autant, le gouvernement ne lui fait pas de cadeau. La politique d’énergie de ce dernier pour l’avenir défie le monopole sucrier sur la production d’énergie.  

Le premier réajustement frappe l’industrie sucrière au coeur même de ses ambitions. Le gouvernement ne cautionnera plus sans discrimination la production d’électricité à partir de la bagasse et du charbon. Actuellement, l’industrie sucrière produit l’électricité en brûlant essentiellement de la bagasse durant la récolte et principalement du charbon pendant l’entrecoupe.  

  

Selon les experts du gouvernement, si les centrales de l’industrie sucrière sont efficientes pour brûler la bagasse, elles ne le sont pas forcément pour le charbon. Une centrale carburant uniquement au charbon est jugée plus efficiente de 20 %.  

Ils estiment qu’une technologie plus adaptée est requise pour brûler le charbon de manière optimale et la moins nocive pour l’environnement. De fait, les autorités invitent les futures centrales thermiques à en utiliser le moins possible.  

Le gouvernement se prémunit ainsi contre l’éventualité où les centrales thermiques ne disposeront plus d’un volume suffisant de bagasse pour tourner de manière optimale. Une possibilité qui pourrait s’avérer si la superficie sous culture de canne à sucre se rétrécit en raison de la baisse de prix du sucre, par exemple. Le pouvoir craint alors que les centrales ne substituent la bagasse par le charbon.  

Or, outre les risques accrus pour l’environnement, la substitution de la bagasse par le charbon pose un problème commercial. L’industrie sucrière continuerait à se faire payer à un prix agréé pour la bagasse alors qu’en réalité, elle produirait l’électricité à partir du charbon… Tout du moins, le ratio bagasse-charbon aurait changé. À l’avenir, les contrats d’achat d’électricité conclus avec l’industrie sucrière devront prévoir cette possibilité.  

FUEL et Médine principalement concernées par la nouvelle donne  

Ces précautions sont dictées par la perception que l’électricité produite par l’industrie sucrière coûte beaucoup trop chère à l’Etat. La grille de prix d’achat du kilowatt par heure est négociée individuellement avec chaque centrale. Jusqu’ici, le Central Electricity Board (CEB) a acheté du courant à l’industrie sucrière à un prix basé sur ce que cela lui aurait coûté d’en produire lui-même.  

Le gouvernement préconise donc un nouveau mécanisme pour la détermination des prix. La nécessité d’encourager l’industrie sucrière à produire de l’électricité à partir de la bagasse sera retenue comme un critère. Mais d’autres paramètres seront également pris en compte, notamment la disponibilité d’autres fournisseurs d’électricité, plus compétitifs.  

En clair, les centrales de l’industrie sucrière devront compter sur leur seule compétitivité pour exister. Actuellement, elles sont considérées comme étant peu flexibles, ce qui augmenterait sensiblement les coûts du CEB.  

Du reste, le CEB entend ne plus subventionner les investissements consentis par les sucriers pour se doter de capacité de production. L’industrie sucrière devra recouvrer ses investissements sur les autres lignes de production (sucres et éthanol) également puisqu’une partie des équipements est utilisée en commun par les trois.  

Environ 50 % des investissements dans une usine sucrière servent à financer la chaudière et le turboalternateur. Cette installation fournit l’usine sucrière en vapeur et électricité. En retour, l’usine fournit la centrale en bagasse qui est brûlée pour produire la vapeur qui à son tour fait tourner la turbine. L’industrie sucrière produit actuellement 42 % des besoins nationaux en électricité.  

En vendant l’excédant d’électricité au CEB, l’industrie sucrière optimise le retour sur l’investissement. C’est d’ailleurs à cette condition que les sucriers ont pu soutenir la centralisation des activités usinières, opération qui requiert d’énormes investissements pour augmenter la capacité des usines existantes. L’adoption du charbon comme combustible durant la moitié de l’année sert la même logique. La centrale peut ainsi tourner toute l’année plutôt que de rester fermée pendant l’entrecoupe, quand la bagasse n’est plus disponible.  

FUEL et Médine subiront de plein fouet l’impact de la nouvelle politique énergétique du gouvernement. D’ici 2009, l’usine et la centrale de Beau-Champ auront centralisé sur FUEL qui sera alors en mesure de produire 22 Mw de plus. Cela portera sa contribution sur le réseau national à 49 Mw. L’entrée en opération de la centrale de Médine (21 Mw) est prévue pour 2011. Elle dépendra toutefois de la demande pour l’électricité à ce moment précis.  

En outre, le gouvernement diversifie ses sources d’approvisionnement en électricité. Jusqu’à présent, le paysage est dominé par deux opérateurs : le CEB qui produit 58 % des besoins nationaux et l’industrie sucrière qui fournit le reste. À l’avenir, d’autres opérateurs viendront partager le marché.  

L’opérateur malais CT Power installe sa première centrale à Pointe-aux-Caves. Elle tournera au charbon et produira 50 Mw. L’opérateur en construira une autre de la même capacité d’ici 2010, soit peu avant Médine. Gamma Energy entrera en scène d’ici 2009. Ce nouvel acteur sur la scène énergétique compte produire 20 Mw en brûlant des déchets municipaux.  

Autant dire que le gouvernement se donne les moyens pour échapper au monopole de l’industrie sucrière. En faisant jouer un plus grand nombre d’acteurs, les autorités veulent pouvoir être en meilleure position pour dicter les règles du jeu. Le prix du kilowatt-heure en particulier.  

De l’éthanol pour les voitures l’année prochaine  

Au moins 20 % du capital des usines sucrières et des centrales thermiques sont détenus par les petits planteurs et employés de l’industrie sucrière. Le gouvernement veut améliorer cette participation. La réforme du secteur est l’occasion rêvée pour le faire.  

La production d’éthanol est le moyen par lequel le gouvernement veut faire avancer la cause de la démocratisation. L’éthanol est pressenti pour être un des piliers de la nouvelle industrie sucrière. Le secteur s’organise pour en produire au moins 30 millions.  

Les compagnies fabriquant l’alcool devront ouvrir leurs capitaux aux différents partenaires impliqués dans la production du carburant, est-il préconisé dans le document retraçant les grandes lignes de la politique énergétique nationale. L’accès à la mélasse, à partir de laquelle l’éthanol sera fabriqué dans un premier temps, pourrait être une des conditions dictant le partenariat entre les différents acteurs.  

En parallèle, le gouvernement s’attelle à introduire le carburant vert dans l’île. Il a commandé une étude sur la faisabilité du projet avant d’entraîner le pays dans cette voie. Les conclusions sont attendues vers la fin de l’année.  

Les autorités espèrent proposer le E10 pour le transport vers le milieu de l’année prochaine. L’objectif est de remplacer 5 % de la consommation nationaleen carburants d’origine pétrolière d’ici 2015.  

Pour en arriver là, l’éthanol devra soutenir le test du marché. Il devra pouvoir se faire accepter par les consommateurs à la force de sa qualité, de son efficience et de sa compétitivité en termes de prix.  

Le pouvoir reconnaît que les consommateurs pourraient avoir besoin d’incitations pour passer à l’éthanol. La seule option envisageable pour le moment est d’introduire une dose de soutien au nom de la protection de l’environnement. Au-delà de ce seuil, le gouvernement veut préserver la cohérence de sa politique de rationalisation des subventions.  

Un régulateur indépendant  

La demande pour l’électricité croît rapidement. Selon le Central Electricity Board (CEB), elle passera de 2 015 GWh en 2005 à 3 092 GWh en 2013, soit une hausse de plus de 53 %. À ce rythme, Maurice devra investir jusqu’à Rs 80 milliards d’ici l’an 2025 pour subvenir aux besoins nationaux en électricité.  

La stratégie du gouvernement est de partager cette charge avec le secteur privé. Pour mieux mobiliser l’investissement privé, l’État se résout finalement à instituer un cadre régulateur, géré par une autorité indépendante.  

Un des contentieux récurrents dans le domaine de la production d’électricité est que le CEB est à la fois juge et parti. Cet organisme produit de l’électricité, administre le réseau de distribution et dicte le prix d’achat d’électricité des opérateurs indépendants.  

La création d’ici la fin de l’année prochaine d’une “Utility Regulatory Authority” mettra un terme à ce cumul de rôle longtemps décrié par les opérateurs privés. Le nouvel organisme s’occupera de tout ce qui concerne l’administration du secteur énergétique qui inclut l’eau et l’électricité. Le CEB ne sera plus qu’un producteur d’électricité au même titre que les centrales indépendantes.  


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