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Archive pour 7.3.2007

Le Brésil : champion du monde de l’éthanol!

images5.jpgBruno Jacintho, un Brésilien quinquagénaire éleveur de bétail, s’est lancé dans la production d’éthanol, biocarburant élaboré à partir de l’alcool de canne à sucre. Au milieu de sa ferme de 4 000 hectares, à Colombia (Etat de Sao Paulo), l’usine Continental brille au soleil. La production commencera à partir du 2 avril, avec le début de la récolte. 

Peu à peu, les cultures de la “fazenda” de Bruno Jacintho changent. Ses 10 000 bêtes engraissent à 200 km, dans l’Etat du Goias, tandis que le maïs, le soja et les haricots font place au vert feuillage ondulant de la canne à sucre. “En faisant ce choix, je m’oblige à être au courant des innovations qu’implique cette culture”, confie cet homme aux manières de gentleman, qui dévore les publications spécialisées et assiste à des séminaires. Il étudie les méthodes de cueillette, mécanisée sur 20 % de ses terres. Chaque machine coûte 300 000 euros, mais elles se banalisent à Sao Paulo, Etat qui fournit 60 % du biocarburant brésilien. 

Le Brésil est le deuxième producteur d’éthanol, derrière les Etats-Unis, avec un volume en hausse : 17,6 milliards de litres. L’Union des industriels de canne à sucre estime que la production annuelle atteindra 30 milliards de litres dans dix ans. Le secteur est en plein essort, car il faut augmenter le nombre de distilleries et la surface des plantations, et relever des défis technologiques. “Le Brésil est à l’avant-garde, assure Edmar Fagundes de Almeida, professeur à l’université fédérale de Rio de Janeiro. En dominant toute la ligne d’une production sophistiquée et complexe, il en est devenu le leader mondial.” 

La canne recouvre 6 millions d’hectares (dont 3,3 millions réservés à l’éthanol). Selon les spécialistes, l’extension des plantations ne menace pas l’Amazonie, car le Brésil dispose de 90 millions d’hectares en friche. En 2030, le pays pourrait produire 20 % du combustible vert mondial, soit 130 milliards de litres, grâce à sa technologie de pointe. 

L’innovation est assurée par le Centre de technologie de la canne (CTC), à Campinas (Etat de Sao Paulo), financé par 140 industriels du sucre et de l’alcool. Les 150 chercheurs du CTC travaillent à l’optimisation de la canne, depuis sa plantation jusqu’à sa transformation. 

RELEVÉ SATELLITAIRE PERSONNALISÉ 

Le CTC offre aux associés un relevé satellitaire personnalisé des plantations. La photo aérienne bimensuelle permet de planifier l’entretien, montrant où et quand utiliser des herbicides, et de calculer le volume de la future récolte. “Notre technologie est la plus avancée du monde, confirme Jaime Singuerut, gérant du développement stratégique au CTC. Nous avons perfectionné des techniques venues de France dans les années 1970, mais le Brésil manque de moyens pour une recherche plus poussée.” A son avis, les négociations entre Brésiliens, Américains et Européens doivent se focaliser sur la recherche commune, plutôt que sur les barrières commerciales. 

A la pointe d’une production qu’ils dominent de bout en bout, les Brésiliens estiment qu’un accord avec les Etats-Unis peut être utile. “Le Brésil a un programme de biocarburants depuis trente ans et personne ne le sait, ironise Angelo Bressan, au ministère de l’agriculture, à Brasilia. Les Américains vont nous apporter visibilité et crédibilité internationales.” Brasilia privilégie une démarche géopolitique, affirme-t-il. Le Pérou et le Mozambique bénéficient déjà du soutien brésilien pour se lancer dans l’éthanol de canne à sucre. 

Le président Luiz Inacio Lula da Silva est convaincu que les biocarburants sont un tremplin vers le développement. Alors que l’éthanol emploie un million de Brésiliens, la demande interne est en croissance constante, depuis l’invention, en 2003, des voitures “flexfuel”, roulant aussi bien à l’essence qu’à l’alcool. Au Brésil, 83 % des nouvelles voitures sont flexfuel, 17 % des carburants consommés sont de l’éthanol, vendu aussi mélangé à l’essence, à hauteur de 22 %. La peur de l’effet de serre favorise cette idée de mélange. La firme japonaise Mitsui et l’entreprise brésilienne Petrobras viennent de signer un accord prévoyant la construction de 40 distilleries et d’un “alcoolduc”. 

Alors que le président américain George Bush doit arriver le 8 mars à Sao Paulo, à 500 kilomètres de là, M. Jacintho mise sur la création d’un marché mondial de l’éthanol, qui valoriserait “la qualité d’un produit brésilien destiné à approvisionner le monde entier”. 

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