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Archive pour 5.1.2007

Bon à savoir…

            La réduction dramatique de l’approvisionnement alimentaire risque de plonger le monde dans une des plus grave crise depuis trente ans. De nouvelles statistiques montrent que les récoltes 2006 ne seront pas suffisantes pour nourrir tous les habitants de la Terre ; et ce pour la sixième fois en sept ans. Les stocks constitués lors des années de vaches grasses sont désormais tombés en dessous de leur seuil critique.

            D’après l’ Organisation des Nations Unis pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) ; la récolte de céréales diminuera en 2006 pour la deuxième année consécutive, alors que l’appétit de la planète ne cesse de croître à mesure que la population augmente. Selon la FAO, elle avoisinera les 2 milliards de tonne contre 2,38 en 2005 et 2,68 en 2004. Les estimations du ministère de l’agriculture américains prévoient un déficit de 58 millions de tonnes par rapport à la consommation prévue pour cette année. Les stocks alimentaires sont passés d’un niveau suffisant pour nourrir le Monde pendant 116 jours en 1999 à 57 à la fin de cette saison, bien en deçà du niveau officiel de sécurité (70 jours). En conséquence les prix ont grimpés de prés de 20 % cette année.

          Le relatif anonymat dans lequel la crise se développe est dû au fait que ce sont des pays, en tant normal, exportateurs de denrées alimentaires, comme les Etats-Unis, l’Australie, et à un degrés moindre l’Europe, qui ont vu leurs récoltes chutées et non les pays les plus affamés du monde. Aussi ni l’Afrique, ni l’Asie n’ont souffert d’une grande famine ; et sans des problèmes géopolitiques locaux, il n’y aurait sans doute moins de disette actuellement sur ces continents. L’effet du déficit se fera sentir progressivement lorsque les populations les plus pauvres ne pourront plus acheter des aliments devenus trop chers ou lorsque leurs propres récoltes diminueront. A travers le monde, plus de 800 millions de personnes souffrent de la faim, alors que le tiers de la population américaine souffre, elle, de surcharge pondérale.

            Entre 1950 et 1990, les rendements ont plus que doublé, et la production est passée de 640 millions à 1,8 milliard de tonnes. Mais depuis seize ans les rendements progressent bien plus lentement, et la production peine pour atteindre les 2 milliards de tonnes. Lester Brown, le président de l’ Earth Policy Institute (organe de recherche indépendant, basé à Washington) remarque que « les paysans ont obtenus un résultat extraordinaire  en triplant la récolte mondiale. En une seule génération, ils ont presque doublé la production céréalière par rapport aux 11000 années qui avaient précédées depuis le début de l’agriculture. Mais maintenant le ressort est cassé ». Outre l’amélioration des rendements, une autre méthode traditionnelle consiste à agrandir la superficie des terres arables. Mais cela n’est plus possible : à mesure que la population s’accroît et que les terres cultivables servent à la construction des routes et des villes – et s’épuisent en raison de la surexploitation - la quantité de terres disponibles pour chaque humains diminue ; elle est passée de 0,23 à 0,11 hectares depuis 1950. Pourtant la production alimentaire permettrait de nourrir correctement l’ensemble de la planète si elle était équitablement redistribuée. Certes les riches mangent trop et les pauvres pas assez. Mais des quantités énormes de céréales servent à nourrir les bêtes – et maintenant les voitures. A mesure que les gens s’enrichissent, ils consomment de plus en plus de viandes, et les animaux d’abattoir sont souvent nourris au grain, pour éviter ainsi l’emploi des farines animales, responsables de tous les maux. Il faut 14 Kilos de céréales pour produire 2 kilos de bœuf ; le tiers de la récolte mondiale sert donc à engraisser les animaux.

            Les voitures sont devenues un autre sujet de préoccupation, depuis que l’on encourage la production de carburants dits « verts » pour combattre l’effet de serre. Une « ruée vers le maïs » s’est ainsi déclenché aux Etats-Unis, avec l’utilisation d’une partie de la récolte pour produire de l’éthanol – grâce aux subventions considérables du gouvernement Bush qui voudrait de cette façon faire taire les critiques concernant son refus de ratifier le protocole de Kyoto et par la même occasion consolider la base agricole de son électorat. Un plein d’éthanol pour un gros 4 x 4 nécessite autant de céréales qu’il en faut pour nourrir une personne pendant une année. En 2006, la quantité de maïs américain utilisé pour fabriquer du carburant sera égale à celle vendue à l’étranger. Traditionnellement les exportations américaines contribuent à nourrir une centaine de pays, pour la plupart pauvres.

            En 2007, le volume consommé par les automobiles américaines sera supérieur à celui des exportations, et la part disponible pour aider les pays pauvres à se nourrir risque de baisser significativement. Les usines de production d’éthanol existantes ou en projet dans l’ Iowa, le grenier à grain des Etats-Unis, absorberont pratiquement toute la récolte de cet état. Les pauvres affamés seront alors mis en concurrence avec les propriétaires de voiture. Un combat perdu d’avance, si l’on considère qu’ils consacrent plus de 70 % de leurs maigres revenus à la nourriture.

            Fabriquer des voitures moins gourmandes et manger moins de viande atténuerait le problème, mais la seule solution à long terme et de permettre aux pays pauvres – et particulièrement leur population défavorisée – d’accroître les cultures vivrières. Le meilleur moyen d’y parvenir est d’encourager les petits paysans à privilégier des cultures respectueuses de l’environnement. Les études menées par l’Institut Agronomique de Paris et l’Université de l’Essex montrent que cela permet de doubler les rendements. Mais le monde doit prendre conscience de l’urgence de la situation. « Nous sommes au bord du gouffre », met en garde Lester Brown. « L’Histoire juge les dirigeants sur leur capacité à faire face aux grands problèmes. Et pour notre génération les grands problèmes risquent d’être nombreux, la sécurité alimentaire le premier d’entre eux ».

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