L’expérience se révèle concluante et d’autres agglomérations suédoises suivent. Quinze ans plus tard, la Suède est devenue le plus grand consommateur d’éthanol d’Europe. Le pays a même été choisi par les Américains pour être le laboratoire d’essai de la Ford Focus «flexifuel» (85% d’éthanol et 15% d’essence) sur le continent européen.

La filière sucre des biocarburants consiste à produire de l’éthanol à partir des plantes sucrières (canne à sucre ou betterave), du blé ou du maïs. Ce «bioéthanol» peut-être mélangé à l’essence en des proportions variables. Les bus de Stockholm, eux, utilisent de l’éthanol pur sans une goutte de pétrole.

Le bioéthanol est classé parmi les sources d’énergie renouvelables puisque produit à partir des matières premières agricoles. Sa combustion s’inscrit dans un cycle fermé. Le carbone émis a en effet été au préalable absorbé par la plante en croissance. A l’opposé, l’utilisation de l’essence contribue à libérer dans l’atmosphère de nouveaux volumes de CO2 qui, auparavant, se trouvaient emprisonnés dans le sous-sol depuis des millions d’années.

D’après Bruxelles, si toutes les voitures de l’Union passaient à un mélange 10% d’éthanol pour 90% d’essence, les émissions de CO2 chuteraient considérablement. Autre avantage de l’éthanol, sa combustion est plus propre que celle de l’essence ou du diesel car il réduit les émissions de particules.

L’éthanol est un carburant connu depuis que l’automobile existe mais son manque de rentabilité a toujours été un frein à un développement à grande échelle en Europe. Il coûte 0,5 dollar le litre environ et même avec un baril à 50 dollars, il dépasse le prix de revient de l’essence qui se situe autour de 0,4 dollar. Surtout : pour arriver à produire la même énergie qu’un moteur à essence, un moteur à éthanol consommera 30% de plus de carburant.

Plus de 80% de l’éthanol consommé en Suède provient de la canne à sucre brésilienne. Avec 38% de la production mondiale, le Brésil est le numéro un de l’éthanol. Cependant, en Europe, la jachère industrielle des terres cultivées à des fins non alimentaires a permis ces dernières années d’augmenter de façon significative les productions.

En Suède, les pouvoirs publics sont persuadés que l’éthanol sera la source d’énergie dominante de l’Union dans les quinze prochaines années. La ville de Stockholm vient d’ailleurs de recevoir pour mission de développer le projet européen BEST qui doit aider des villes, Lille et Rome en particulier, à recourir à l’éthanol. D’aucuns redoutent que ces aides, conjuguées aux directives sur les biocarburants, créent une forte demande qui engendrera une tension sur le marché mondial du sucre. En Suède et en Finlande, on s’y prépare déjà en développant la fabrication de l’éthanol à partir de la cellulose du bois. Une solution qui évite le conflit avec le secteur alimentaire et ne génère plus de sous-produit (mélasse de canne, pulpe de betterave) dont l’alimentation animale est saturée.